White Pocket Vermilion Cliffs, Arizona

CIBA
White Pocket Vermilion Cliffs, Arizona

 

Rares sont ces instants où la lumière semble se poser et caresser délicatement la matière. Hasard ou opportunité d'une rencontre entre le photographe et son sujet.

J'arrive enfin à Kanab. Kanab, une petite ville fondée en 1870 et située au sud ouest de l'état de l'Utah à quelques kilomètres de la frontière de l'Arizona. Une ville typique de l'ouest américain avec une large avenue, de larges trottoirs, une dizaine de stations services et autant de motels. Une ville de passage pour le voyageur qui se rend à Zion Nat'l Park, Bryce Canyon Nat'l Park ou à Page (lake Powell).

Je m'arrête à l'angle de la E300 S et S100 E au « Big Burgers » où l'on mange les meilleurs hamburgers de la région. Tout en savourant le spécial « double big red burger », je fais un dernier point sur la carte topographique qui va me conduire à White Pocket.

Après avoir fait le plein d'eau au supermarché « Food Town », je m'engage sur la 89 en direction de l'est et de ma destination finale.

White Pocket se situe dans la région du Paria Plateau et Vermilion Cliffs Nat'l Monument que je ne cesse d'arpenter depuis plus de 20 ans. Une région riche de déserts multicolores et de canyons étroits. Une vie ne suffirait pas à explorer totalement cette contrée d'environ 500 km2.

Le désert qui la compose est essentiellement constitué de grès (sandstone) plus ou moins dur. Au fil des millénaires, des couches de cimentation riches en oxyde de fer se sont formées donnant ainsi à la roche des couleurs rouges, oranges et jaunes.

Après une heure et demie de route, j'arrête le 4x4 à l'entrée de la piste pour vérifier que les pneus sont légèrement sous gonflés. Il n'a pas plu depuis plusieurs jours et le sable est mou. Après une petite pause d'un quart d'heure et seul face à cette étendue désertique, je m'engage sur les 20 derniers kilomètres qui me séparent de White Pocket.

La région est hostile et semée d'embuches. Il me faudra pas moins d'une heure et demie pour parcourir ces quelques kilomètres et désensabler, à deux reprises, le 4x4 avec une pelle. Mais à l'arrivée, le spectacle est grandiose !

Il est près de 16 heures et cela me laisse le temps d'explorer, les mains dans les poches, cet endroit insolite. Ici le vent et l'eau ont sculpté de véritables œuvres d'art. Les formes et les volumes ne font qu'un. Chaque mètre carré est différent et stimule des pensées imaginaires. Bosse de dromadaire, coquillage géant ou vague figée pour l'éternité.

Après avoir repéré, pour aujourd'hui, l'endroit de la prise de vue, je retourne à mon véhicule pour préparer le matériel photographique.

La prise de vue n'est pas des plus simples compte tenu de mon emplacement à l'aplomb du sujet et de sa proximité. Après une demi-heure d'un « combat » pour exécuter les différents réglages de bascule et de décentrement de la chambre photographique, le paysage apparaît enfin, clair et précis, sur le dépoli de la chambre. Il ne reste plus qu'à attendre le moment propice !

Vers 18H45 la lumière se fait plus douce, les ombres moins dures et une rapide exposition de la lumière m'indique une ouverture de f32 à 1 seconde. Moment privilégié lorsque l'on appuie sur le déclencheur pour capturer cet instant où la roche et la lumière sont en harmonie. Je savoure pleinement cet instant alors que le crépuscule fait son apparition, prélude au murmure de la nuit.

Avril 2010

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