Yellowstone River, Wyoming

Yellowstone River, Wyoming

 

Rares sont ces instants où la lumière semble se poser et caresser délicatement la matière. Hasard ou opportunité d'une rencontre entre le photographe et son sujet.

Février 1996 - Flagstaff (Arizona) 2h30 du matin
Impossible de trouver le sommeil. Je ne cesse de penser au bulletin météorologique de la veille qui annonçait la fin des intempéries neigeuses dans le parc de Yellowstone au Wyoming.

Je me lève et décide de faire un rapide point sur la distance qui me sépare de Flagstaff à Jackson Hole (Wyoming) sur la carte routière Rand McNally. Environ 1300 kms et 4 états à traverser ! En partant maintenant je peux y être ce soir. Une occasion unique de découvrir ce parc sous la neige.

3h
Je ferme la porte du Motel, m'installe au volant de la voiture de location et m'engage sur la 89 en direction de Page. Je connais cette route par cœur, une longue ligne droite de 220 kms à travers les déserts peints de l'Arizona. Les lignes blanches continues et discontinues sur l'asphalte défilent dans la lumière des phares de la voiture.

5h15
Le "7 Eleven" de Page, ouvert 24H/24, me permet d'avaler rapidement un café et de reprendre la route en direction de Beaver (Utah) sur la Highway 15. Environ 300 kms de route entre déserts et montagnes. Je le découvrirai quelques années plus tard, mais je passe sans le savoir, entre Page et Kanak, à coté de Vermilion Cliffs et du Paria Plateau. Assurément les plus beaux déserts dans cette région de l'ouest des États-Unis.

8h30
Beaver est en vue et déjà près de 520 kms parcourus ! J'en profite pour faire le plein d'essence et me restaurer avec un petit déjeuner à l'américaine. Au menu : omelette avec du Cheddar Cheese et des toasts. Prochaine étape Salt Lake City (Utah).

11h30
A Salt Lake City, je fais une halte chez Borge & Andersen pour donner quelques films à développer. Cela me donnera l'occasion de découvrir les premières images réalisées lors de la première semaine de mon séjour. En attendant que le laboratoire photographique développe les films, je m'allonge sur la banquette arrière de la voiture pour une petite sieste bien méritée.

14h
Encore 450 kms pour arriver à Jakson Hole ! Cela fait longtemps maintenant que j'ai quitté les déserts et les paysages, par ici, sont bien différents. Une alternance de grandes plaines et de montagnes avec, le long de la route, d'immenses fermes agricoles. Des tracteurs John Deere sur-dimensionnés parcourent inlassablement les champs pour labourer la terre. Dans l'état de l'Idaho, je traverse les villes de "Paris" et de "Montpelier" mais très différentes de celles de l'hexagone !

18h
Encore un petit effort. Les chaines de montagnes "Bradley" et "Elk" restent à franchir pour arriver, enfin, à Jackson Hole.

19h15
J'entre dans Jackson Hole. On se croirait au Far West !
Il est temps de trouver un Motel pour la nuit.

Le lendemain matin c'est un paysage exceptionnel que je découvre. La ville est entourée par les cordillères de "Teton Range" et de "Gros Ventre Range". Somptueux et impressionnant.

Je pars en direction de Yellowstone Nat'l Park en suivant la route 191. Sur ma gauche la chaine de "Teton Range" recouverte d'une abondante neige immaculée et son majestueux Mt Wister. En contre bas la Snake River qui prend sa source depuis le lac Jackson. Une nature sauvage et une féérie pour les yeux.

A l'entrée du Parc Yellowstone, il n'est plus possible de continuer en voiture. Pour accéder au parc, il faut maintenant louer une motoneige. Je me fais rapidement expliquer la conduite de cet engin et, après avoir fixé l'ensemble du matériel photographique à l'arrière, je mets les gaz en direction de Yellowstone.

En 1996, il était encore possible de circuler seul dans le parc durant l'hiver. Depuis la fin des années 1990, il n'est plus possible de parcourir le parc en individuel mais seulement accompagné d'un guide.

Après plus de 2 heures de route en motoneige, ma première halte sera pour le Old Faithful Geyser. Ce geyser jaillit environ toutes les heures et demie à une hauteur qui peut varier de 30 à 50 mètres pendant une à cinq minutes. Tout autour, une multitude de petits geysers rendent le paysage surréaliste. Au Old Faithful Lodge il n'y a presque personne.

Il me faut à présent faire un choix sur la direction à prendre pour prolonger la visite du parc. Plus grand que la Corse, une seule route en forme de huit parcourt ce parc immense. Il me sera impossible d'en faire le tour en une journée. La conduite sur neige et le froid (-20°) ne facilite pas mes déplacements.

J'opte pour le Yellowstone Canyon situé à 90 kms du Old Faithful à l'est du parc. Sur la route, tout est insolite. La neige tombée en abondance recouvre les plaines, et les bisons, la tête enfouie dans la neige, cherchent leur nourriture.

Alors que je roule vers le Yellowstone Canyon, je suis soudain arrêté par un groupe d'une dizaine de bisons qui ont pris possession de la route. J'arrête la motoneige à une distance raisonnable du groupe et j'attends tout en les observant. Vingt minutes s'écoulent mais ils ne semblent pas vouloir bouger. Il me faut pourtant continuer mon chemin. Le cœur battant, j'accélère très doucement pour me retrouver à une dizaine de mètres d'eux. Après quelques secondes d'attente, un passage de quelques mètres s'ouvre au milieu du groupe. La main tremblante sur la poignée des gaz j'entreprends de saisir cette chance pour passer. Assis sur la motoneige, la hauteur des bisons me dépasse. Je suis si prêt que je ressens leur chaleur. Encore quelques mètres et je serai sorti de cet enfer !

En m'éloignant du groupe de bisons, le passage s'est refermé derrière moi. Ce n'est qu'après coup que je prends conscience de la chance que j'ai eue !

Le Yellowstone Canyon est là. Ses pentes sont recouvertes de neige et le fer, présent dans la roche, livre des couleurs jaunes et rouges. 300 mètres plus bas, la rivière, couleur argentée, coule paisiblement. C'est splendide ! Je savoure cet instant tout en prenant quelques photos.

De retour à mon véhicule à la sortie du parc de Yellowstone et après cette journée pleine d'émotions et de courbatures, je n'ai maintenant qu'une hâte : faire développer mes films à Salt Lake City pour découvrir le résultat.

Février 1996

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